Netflix nous réserve parfois de belles surprises en remettant sous les projecteurs des pépites injustement oubliées. C’est le cas avec « Selfie », une comédie française à sketches sortie début 2020, qui fait son grand retour sur la plateforme de streaming. Cette satire sociale, aussi hilarante que perspicace, n’avait pas rencontré son public lors de sa sortie en salles, éclipsée par les bouleversements de cette année particulière.
Cinq ans plus tard, ce regard acerbe sur notre relation aux nouvelles technologies résonne avec encore plus de force. À travers cinq histoires interconnectées, le film pose un diagnostic aussi drôle que glaçant sur notre société hyperconnectée, entre course aux likes, dictature des algorithmes et obsession pour la validation numérique.
Une dystopie numérique à la française
Dans la veine d’un « Black Mirror » hexagonal teinté d’humour, « Selfie » déploie un arsenal d’histoires qui touchent au cœur de nos préoccupations contemporaines. Des parents prêts à tout pour devenir viraux avec leur enfant malade aux dérives des sites de rencontres notés, chaque sketch pousse à l’extrême des situations tristement familières.
La force du film réside dans sa capacité à mêler critique sociale mordante et situations cocasses. Le scénariste Julien Sibony réussit le tour de force d’aborder des thématiques universelles – l’amour, la famille, l’éducation – tout en les ancrant dans les travers de notre modernité numérique.
Qu’est-ce qu’un film à sketches ?
Format cinématographique composé de plusieurs courtes histoires indépendantes mais liées par un thème commun. Particulièrement populaire dans le cinéma français des années 60-70, il connaît aujourd’hui un renouveau grâce à sa capacité à traiter des sujets complexes sous différents angles.
Un casting cinq étoiles au service de la satire
La distribution réunit certains des meilleurs talents de la comédie française actuelle. Blanche Gardin, en professeure technophobe tombant amoureuse d’un youtubeur, livre une performance mémorable. Manu Payet, Elsa Zylberstein, Max Boublil, Finnegan Oldfield et Sébastien Chassagne complètent ce casting de choix qui donne vie avec justesse à cette galerie de personnages aussi attachants que désespérés.
Une réalisation collective ambitieuse
L’originalité de « Selfie » tient aussi à sa réalisation partagée entre cinq metteurs en scène, chacun apportant sa sensibilité tout en maintenant une cohérence d’ensemble. Cette multiplicité des regards enrichit la réflexion sur notre rapport aux écrans et aux réseaux sociaux, tout en offrant un rythme soutenu qui ne faiblit jamais.
Le phénomène des films choraux
La réalisation à plusieurs mains est une tendance croissante du cinéma contemporain. Elle permet d’aborder des sujets complexes sous différents angles créatifs, tout en mutualisant les talents et les ressources. « Selfie » s’inscrit dans cette mouvance avec ses cinq réalisateurs coordonnés autour d’une vision commune.
Les différentes intrigues s’entremêlent avec fluidité, culminant dans un final apocalyptique où l’historique Internet de l’humanité entière est rendu public. Une métaphore puissante de notre époque où la frontière entre vie privée et exposition publique devient de plus en plus floue.