Remboursement des chirurgies de transition : un patient conteste les exigences de la CPAM devant le tribunal de Bobigny

Laura P.
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L’affaire qui s’est ouverte le 10 mars au tribunal judiciaire de Bobigny pourrait marquer un tournant décisif dans l’histoire des droits des personnes transgenres en France. Au cœur de ce procès, Morgan T., un homme transgenre, conteste les conditions de remboursement de sa mastectomie par la CPAM 93, soutenu par cinq associations de défense des droits des personnes trans.

Cette bataille juridique met en lumière les obstacles persistants auxquels font face les personnes transgenres dans leur parcours de transition, malgré les avancées législatives récentes. Le cas de Morgan T. soulève des questions fondamentales sur l’autonomie des patients et la pertinence des protocoles médicaux imposés par l’Assurance Maladie.

Un bras de fer avec l’administration

Depuis 2019, Morgan T. s’est engagé dans un parcours de transition qui a débuté par une démarche sociale, suivie d’un changement de prénom à l’état civil. En 2020, il obtient une prise en charge à 100% pour sa transition médicale, une première victoire qui laissait présager un parcours plus serein. Cependant, la CPAM 93 exige un suivi de deux ans avec un endocrinologue et un psychiatre, ainsi qu’une attestation pour valider sa mastectomie bilatérale.

Morgan refuse catégoriquement de se plier à ces exigences qu’il juge illégitimes, d’autant plus que la Haute Autorité de santé (HAS) considère ce protocole comme dépassé. Cette situation n’est pas isolée, comme en témoigne le cas de Michel B., qui a dû batailler pour obtenir une reconnaissance rétroactive de sa prise en charge.


Comprendre la mastectomie de transition
Une intervention chirurgicale qui consiste en l’ablation des seins pour les hommes transgenres. Cette opération représente souvent une étape cruciale dans le processus d’affirmation de genre et participe significativement au bien-être des personnes concernées.

Les enjeux d’une bataille juridique historique

Le procès de Morgan T. cristallise les tensions entre les droits des personnes transgenres et les institutions médicales. Me Laure Gandonou, son avocate, s’appuie sur les recommandations actuelles de la HAS pour démontrer le caractère obsolète des exigences de la CPAM.

Cette affaire pourrait créer un précédent juridique important pour l’ensemble de la communauté trans. Les cinq associations qui soutiennent Morgan T. y voient l’opportunité de faire évoluer les pratiques administratives et médicales vers plus de respect et d’autonomie pour les personnes en transition.

Un mouvement de solidarité grandissant

Au-delà du cas individuel de Morgan T., c’est tout un système de prise en charge qui est remis en question. Les associations mobilisées dénoncent des pratiques qu’elles considèrent discriminatoires et appellent à une modernisation des protocoles de l’Assurance Maladie.


Le parcours de transition en France
Depuis 2010, la transition de genre n’est plus considérée comme un trouble psychiatrique mais comme une affection longue durée (ALD) hors liste. Malgré cette évolution, de nombreuses CPAM continuent d’exiger des conditions strictes de suivi médical, créant des obstacles supplémentaires pour les personnes concernées.

Le verdict, attendu pour le 23 juin 2025, pourrait marquer un tournant dans la reconnaissance des droits des personnes transgenres en France. La décision du tribunal de Bobigny sera scrutée de près par l’ensemble des acteurs du domaine, des associations aux institutions médicales, en passant par les personnes concernées qui espèrent voir leurs droits mieux respectés.