Six ans après le drame qui a bouleversé la France, le procès tant attendu s’ouvre enfin au tribunal correctionnel de Pontoise. Pascale B., professeure de français, doit répondre d’accusations de harcèlement scolaire envers trois élèves, dont la jeune Evaëlle, retrouvée pendue aux barreaux de son lit en juin 2019, à l’âge de 11 ans.
Cette affaire, qui avait suscité une vive émotion et relancé le débat sur le harcèlement scolaire, prend aujourd’hui un nouveau tournant avec le témoignage poignant d’un ancien élève. Jonathan, désormais âgé de 18 ans, vient apporter son témoignage contre celle qui fut son enseignante, révélant des pratiques qui auraient profondément marqué plusieurs élèves.
Un témoignage qui brise le silence


« Les premières semaines, ça allait plutôt bien, mais très vite, elle a commencé à m’humilier », confie Jonathan aux journalistes. Son récit détaille un quotidien fait d’humiliations répétées et de remarques dégradantes. À chaque cours, l’adolescent était interrogé et systématiquement rabaissé en cas de mauvaise réponse, l’enseignante lui répétant qu’il était « nul » et qu’il « ne servait à rien ».
Ces révélations font écho au calvaire vécu par Evaëlle, dont Jonathan dit avoir été témoin de certaines scènes de violence, sans réaliser à l’époque qu’elle partageait la même enseignante que lui. L’ambiance de la classe est décrite comme « hyper pesante », créant un climat de peur et d’angoisse permanent.
Le harcèlement scolaire en chiffres
En France, environ 800 000 élèves sont victimes de harcèlement scolaire chaque année. Dans 6% des cas, les enseignants sont mis en cause. La loi de 2022 fait du harcèlement scolaire un délit spécifique pouvant être puni jusqu’à 10 ans de prison en cas de suicide de la victime.
Des familles bouleversées


La mère de Jonathan, Katell S., témoigne de la descente aux enfers de son fils : « Il hurlait qu’il ne voulait pas aller en français. Il répétait qu’il était nul, qu’il était bête, qu’il allait finir SDF. C’était un cauchemar ». Une situation qui illustre comment le harcèlement scolaire impacte non seulement les victimes directes, mais déstabilise des familles entières.
Face à ces accusations, l’enseignante maintient sa position : « Je suis désolée de vous dire que je gère ma classe et ma pédagogie comme je l’entends. On a quand même une liberté d’enseignement », déclare-t-elle dans la presse. Une défense qui contraste avec les mesures déjà prises à son encontre, notamment l’interdiction d’enseigner depuis 2021 et l’obligation de suivre des soins psychologiques.
La justice face à ses responsabilités
L’enjeu de ce procès dépasse largement le cas personnel de Pascale B. Pour Me Delphine Meillet, avocate de la famille d’Evaëlle, « les parents sont déterminés à ce qu’il n’y ait plus jamais d’affaire Evaëlle ». L’enseignante risque jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 30.000 euros d’amende.
La responsabilité des enseignants
Le devoir de protection des élèves est une obligation légale pour les enseignants. Le Code de l’éducation stipule qu’ils doivent contribuer à la protection de l’enfance en signalant toute situation préoccupante et en assurant la sécurité physique et morale des élèves.
Le procès qui s’ouvre aujourd’hui pourrait faire jurisprudence dans le traitement judiciaire du harcèlement scolaire, particulièrement lorsqu’il implique des membres du corps enseignant. Pascale B. reste présumée innocente des faits qui lui sont reprochés jusqu’à une éventuelle condamnation.