Le drame s’est joué un jour de juin 2019, dans une chambre d’adolescente comme tant d’autres. Evaelle, 11 ans, a choisi de mettre fin à ses jours, laissant derrière elle des parents dévastés et une multitude de questions sans réponses. Près de six ans plus tard, le 10 mars 2025, s’ouvre enfin le procès tant attendu au tribunal correctionnel de Pontoise, où comparaît Pascale B., l’ancienne enseignante de français de la jeune fille.
C’est Sébastien Dupuis, le père d’Evaelle, qui a découvert le corps sans vie de sa fille, pendue aux barreaux de son lit. Un moment qui hantera à jamais cette famille du Val-d’Oise, désormais déterminée à obtenir justice pour que ce drame ne se reproduise plus. Au cœur des débats : le harcèlement présumé dont aurait été victime la collégienne de la part de son enseignante et de certains camarades de classe.
Les signes avant-coureurs d’une descente aux enfers
Les premiers signaux d’alarme apparaissent dès l’entrée en 6e d’Evaelle au collège Isabelle-Autissier d’Herblay. Les parents remarquent rapidement des changements dans le comportement de leur fille, jusqu’alors épanouie. Un premier rendez-vous avec l’enseignante semble apaiser temporairement la situation, mais ce n’est qu’une accalmie de courte durée.
Les humiliations se multiplient dans la classe de Pascale B., aujourd’hui âgée de 62 ans. Selon les témoignages recueillis, l’enseignante n’aurait pas seulement fermé les yeux sur le harcèlement dont était victime Evaelle, mais aurait également participé activement à son isolement.
Un appel au secours resté lettre morte
Le harcèlement scolaire en chiffres
En France, environ 700 000 élèves sont victimes de harcèlement scolaire chaque année. 6% des collégiens subissent du cyberharcèlement, une forme aggravante qui poursuit les victimes jusque dans leur foyer.
Face à la détresse grandissante de leur fille, les parents d’Evaelle multiplient les alertes auprès de la direction du collège puis de l’inspection académique. « En décembre, on s’aperçoit de la tache noire sur la poutre », témoigne avec émotion Sébastien Dupuis devant le tribunal, évoquant les premiers signes physiques des intentions de sa fille.
La famille tente alors un changement d’établissement, une solution qui s’avère malheureusement insuffisante. Dans son nouveau collège, Evaelle se retrouve confrontée à de nouvelles violences, qui finiront par la pousser à l’irréparable.
La justice en marche
Les sanctions encourues pour harcèlement scolaire
Depuis 2022, le harcèlement scolaire est devenu un délit spécifique. Les adultes encourent jusqu’à 3 ans de prison et 45 000 euros d’amende, des peines alourdies en cas de suicide de la victime.
L’enseignante comparaît aujourd’hui pour « harcèlement moral sur mineur de 15 ans », aux côtés de deux anciens élèves qui seront jugés devant le tribunal pour enfants. Placée sous contrôle judiciaire depuis septembre 2019, elle s’est vue interdire d’exercer et contrainte à une obligation de soins.
L’Éducation nationale a déjà reconnu sa part de responsabilité en indemnisant la famille au titre du préjudice moral. Une reconnaissance qui ne ramènera pas Evaelle, mais qui pourrait contribuer à faire évoluer les pratiques et la prévention du harcèlement scolaire dans les établissements français.